dimanche 9 mars 2008

Mohammed Chaïb, du bled au Parlement catalan


Tout le monde a quelque chose à demander à Mohammed Chaïb. Dans le hall fastueux du Parlement de Catalogne, son portable n'arrête pas de sonner. Le député regarde le numéro appelant, hésite à répondre, se sent coupable, décroche en soupirant. Selon l'interlocuteur, il enchaîne en catalan, en espagnol, en français, en arabe. C'est un membre du Parti socialiste catalan qui lui fait part d'un sondage pour les élections du 9 mars ; sa mère qui s'inquiète de savoir s'il va bien ; un Marocain de Barcelone qui lui demande de l'aider parce que son propriétaire veut résilier son bail...Parcours1962 Naissance à Tanger (Maroc).1966 Première installation en Espagne.1981Etudes de pharmacie à l'université de Grenade (diplômé en 1988).1994 Fonde l'association Ibn-Battuta, à Barcelone.2003 Elu député au Parlement de Catalogne (réélu en 2006).2008 Soutient le candidat socialiste, José Luis Rodriguez Zapatero.

Il prend le temps de répondre, donne à l'un ses commentaires, fait à l'autre la promesse de passer la voir, propose au dernier l'aide de son avocat. La voix enjouée malgré la fatigue. "Depuis que je suis élu, les Marocains d'ici sont persuadés que je suis Dieu : un parlementaire qui vient de chez eux, comme eux, peut-il être un simple humain ?" Sa mère n'est pas seule à être fière de lui.

A 45 ans, ce petit brun trapu et rieur qui vous tutoie aussitôt est un symbole : le premier parlementaire d'origine marocaine en Espagne, le premier député musulman au pays d'Isabelle la Catholique, encore si profondément imprégné par l'autorité de l'Eglise. Député socialiste au Parlement de Catalogne depuis 2003, Mohammed Chaïb est un signe de la nouvelle Espagne. De cette terre d'émigration devenue soudain terre d'immigration ces dix dernières années. La droite espagnole en fait un thème de campagne. Les étrangers représentent 10 % de la population, et les plus nombreux sont les Marocains.Contrairement à la plupart d'entre eux, Mohammed Chaïb n'a pas traversé la mer dans les années 1990, de forte croissance en Espagne, mais dans les années 1960. Ses parents, ne sachant ni lire ni écrire, n'en pouvaient plus de leur vie de misère en banlieue de Tanger. Son père, Ayachi, avait choisi sa femme, une jeune fille de 14 ans, parmi les familles voisines. Ils avaient eu leurs quatre premiers enfants. Le travail manquait. Avec ses copains d'infortune, le père s'est mis à rêver. A prononcer les mots magiques : "France", "Hollande", "Allemagne", "plein-emploi", "beaucoup d'argent". Pour y accéder, un passage obligé : l'Espagne.Un jour de 1963, Ayachi Chaïb a pris le bateau pour Algésiras. En pleine dictature franquiste, alors que les immigrés se comptaient sur les doigts de la main, il a obtenu une carte tamponnée du ministère de l'emploi. Sur le chemin de la France, il a fait escale à San Boi de Llobregat, près de Barcelone, a trouvé un boulot aux cuisines... et il s'est arrêté là. C'était le premier Marocain que l'on voyait à San Boi. En 1966, il a fait venir sa femme et ses enfants. Mohammed avait 4 ans.Mohammed Chaïb s'amuse du hasard qui l'a amené là, sous les dorures du Parlement de Catalogne.

Avec sa famille, il avait pourtant dû faire à l'envers le chemin de l'exil, en 1975 : le conflit entre l'Espagne et le Maroc sur le Sahara avait bloqué le père à l'entrée de l'Espagne, après un séjour au bled. Toute la famille, agrandie à huit enfants, se réinstalle alors à Tanger. Retour à la case départ... ou presque : grâce à ses économies espagnoles, Ayachi acquiert une maison et un minuscule café. Mohammed, 13 ans, rêve de continuer l'école. Faute de maîtriser l'arabe, il aide son père au café."J'étais perdu. Je ne parlais que le castillan et le catalan. Je ne pouvais pas aller à l'école ni jouer dans la rue. On m'appelait "l'Espagnol"." Au café, les clients font des parties de dames. Mohammed entend l'un d'eux commenter le jeu en castillan. Il se jette sur lui. Celui-ci lui apprend l'existence d'une école espagnole, à 5 km de la maison. Trop loin pour ses soeurs, pas assez motivant pour ses frères. Il est le seul de la famille à vouloir étudier. 5 km à pied le matin, 5 km le soir. Un effort que ses parents acceptent sans comprendre et qui le conduira jusqu'à la faculté de pharmacie, à Barcelone. Puis à la politique. "Le joueur de dames habite toujours Tanger, il sait combien mon destin est lié à lui. Au Maroc, je suis la fierté, "le Député"", dit-il.Voilà comment le Marocain Mohammed Chaïb devint espagnol.

Il précise : "espagnol, et d'abord catalan". Non par idéologie, mais par situation. Non pas indépendantiste, mais sentimentalement attaché à son nouveau terroir : marié à une Catalane, père de deux enfants élevés à l'école publique catalane, arborant sur le revers de son costume un "pin's" du drapeau catalan, participant à la San Jordi (fête catalane) et surtout supporteur quasi fanatique du FC Barcelone, contre le Real Madrid. Ne vous étonnez pas de rencontrer, à Tanger, des drapeaux et des maillots du FC Barcelone : Mohammed Chaïb, qui s'est démené pour créer au Maroc des "penias" (clubs officiels de supporteurs), est un prosélyte actif.Etre actif, chez lui, c'est une manie. Son diplôme de pharmacie en poche, il travaille dans un laboratoire, mais sa vraie vie se passe au service des autres. Et surtout de ceux qui ont le plus besoin de lui : les Marocains d'Espagne. Il fonde Ibn-Battuta, l'une des premières associations d'aide à l'intégration, fournissant aides juridiques et cours de catalan.

Il cofonde le Conseil islamique, destiné à intégrer les musulmans dans cette société non musulmane et à former les imams en catalan. Avec l'essor spectaculaire de la communauté marocaine, il devient vite le médiateur indispensable entre les Marocains et l'administration catalane, entre la Catalogne et le Maroc. En 2003, le président du Parti socialiste catalan, Pascual Maragall, lui demande de se présenter aux élections législatives régionales. Il est élu, réélu. Agit. Milite pour la création d'une mosquée à Barcelone, "condition pour que les Marocains aient un sentiment d'appartenance à la Catalogne". Ricard Zapata, professeur de sciences politiques à l'université Pompeu Fabra de Barcelone, salue "sa manière unique de créer des liens entre les communautés et de faire avancer la société espagnole".Pour Mohammed Chaïb, la question la plus épineuse de l'immigration est le conflit entre les générations : faire accepter aux parents l'intégration de leurs enfants dans un monde qui n'est pas le leur. En se mariant à une Catalane, lui-même en a fait douloureusement l'expérience. A ses propres enfants (15 et 6 ans), il demande de parler marocain et de l'accompagner à la mosquée. "Pour qu'ils sachent d'où ils viennent. Mon devoir est de le leur dire, mais c'est tout. Leur vie est à eux."


Marion Van Renterghem
LE MONDE 07.03.08 15h47
• Mis à jour le 07.03.08 15h47
Article paru dans l'édition du 08.03.08.

vendredi 7 mars 2008

Intoxication au plomb





CRIV 52 COM 119
VERSION PROVISOIRE
NE PAS CITER SANS MENTIONNER LA SOURCE

La version définitive, sur papier blanc, comprend aussi le compte rendu analytique bilingue. Les annexes sont reprises dans une brochure séparée.

CHAMBRE DES REPRÉSENTANTS DE BELGIQUE
COMPTE RENDU INTEGRAL
COMMISSION DE LA SANTÉ PUBLIQUE, DE L'ENVIRONNEMENT ET DU RENOUVEAU DE LA SOCIÉTÉ



Mardi 26-02-2008 Après-midi

05 Question de Mme Thérèse Snoy et d'Oppuers à la ministre des Affaires sociales et de la Santé publique sur "les risques d'intoxication au plomb chez les femmes marocaines" (n° 2184)





05.01 Thérèse Snoy et d'Oppuers (Ecolo-Groen!): Madame la ministre, il s'agit d'un problème assez particulier porté à mon attention à l'occasion de la publication d'une étude réalisée dans des
maternités des Hauts-de-Seine, en Ile-de-France. On a prélevé à l'accouchement un morceau de
cordon ombilical et on y a détecté la présence de plomb. Il s'est avéré chez 18 nouveau-nés que le taux de plomb dans le sang était élevé.

À la suite de ces résultats, une enquête a été menée auprès des mamans dont le bébé était
intoxiqué, qui a révélé qu'elles étaient d'origine marocaine et qu'elles avaient l'habitude de cuisiner dans des tajines fabriqués au Maroc et, pour 16 d'entre elles, de se maquiller avec du khôl de fabrication artisanale qui contenait également du plomb dans une proportion significative.

Cette étude a été diffusée en Belgique et une personne m'a rapporté un témoignage selon lequel ce khôl est vendu illégalement en Belgique et beaucoup de femmes marocaines l'utilisent, risquant de ce fait de s'intoxiquer au plomb. Je voulais vous demander s'il existait des campagnes d'information, ce qui n'est sans doute pas de votre compétence, mais aussi si des données sont disponibles en Belgique à ce sujet.

Si ce n'est pas le cas, êtes-vous en mesure de réaliser une enquête ou une campagne d'information pour éviter une intoxication de ces femmes marocaines et de leurs bébés? Il y a donc le problème du khôl et plus marginalement celui de la vaisselle traditionnelle marocaine.

05.02 Laurette Onkelinx, ministre: Chère collègue, le plomb peut être en effet responsable d'intoxications chroniques et des dispositions réglementaires particulières ont donc été adoptées.
Dans les céramiques comme les tajines, la quantité de plomb est réglementée par l'arrêté royal du 1er mai 2006 relatif à la déclaration de conformité et aux critères de performance de la méthode d'analyse des objets céramiques destinés à entrer en contact avec les denrées alimentaires. Cet arrêté fixe une dose maximale en plomb et en cadmium dans les céramiques destinées au contact avec les aliments. Chaque lot de céramiques doit également être accompagné d'une déclaration de conformité basée sur des tests de laboratoire. L'AFSCA effectue chaque année une programmation de contrôles sur les céramiques commercialisées en Belgique. À cette occasion, de nombreux échantillons sont prélevés et analysés à l'Institut scientifique de la santé publique.

Les produits non conformes sont alors systématiquement retirés du marché. En 2006, 128 analyses de céramiques ont été effectuées afin de contrôler la migration de plomb; un cas de migration a été observé. Dans les cosmétiques, le plomb est interdit comme ingrédient depuis 2005 en vertu de l'arrêté royal du 15 octobre 1997 relatif aux produits cosmétiques.

Selon une étude réalisée par le laboratoire intercommunal bruxellois de chimie et de bactériologie, certains khôls vendus illégalement dans des magasins nord-africains ou indopakistanais contiendraient des quantités importantes de plomb.
Le service d'inspection du SPF Santé publique, compétent pour les cosmétiques, mène régulièrement des campagnes de contrôle de la teneur en métaux lourds dans les produits de maquillage, dont les khôls. En 2006 notamment, 15 khôls ont été prélevés pour être analysés par l'institut scientifique. Un seul produit non conforme, contenant du plomb en faible quantité, a été détecté.

Grâce aux actions de contrôle réalisées régulièrement et aux échos qu'elles ont dans la presse, les distributeurs et le public ont pu être informés de cette problématique. Je veillerai à ce que de telles actions soient poursuivies. J'examinerai avec mon administration, dans le respect de mes
compétences, l'opportunité de communications complémentaires.

05.03 Thérèse Snoy et d'Oppuers (Ecolo-Groen!): Madame la ministre, je vous remercie. En effet, il est important que l'AFSCA et votre administration puissent continuer à exercer ce contrôle. Je suis heureuse de savoir qu'il est déjà exercé avec vigilance.

L'incident est clos.